Mythes et réalités

Attention : certains propos ci-dessous peuvent choquer les flûtistes sensibles, et reflètent mon incorrigible penchant rationaliste…

Bois ou métal ?

De nombreux flutistes sont persuadés que le matériau de leur flute détermine le timbre de leur instrument. Serait-ce une illusion ?

La flûte est un instrument très particulier, dans la mesure où seul l’air vibre sous l’action du souffle. Tous les autres instruments (cordes, percussions) possèdent une partie élastique vibrante (table d’harmonie des cordes, peau du tambour, paroi des cloches, etc.)  Pour ces derniers, il est évident que le matériau employé est déterminant dans la vibration obtenue.

La flûte idéale ne doit absolument pas vibrer, sinon une partie de l’énergie acoustique de la colonne d’air se perd. Toute déformation de paroi modifie aussi les résonances et déforme le timbre. Ce phénomène s’observe sur certain tuyaux d’orgue anciens, compte tenu de la minceur des parois et de la puissance du son.

Les bois durs et les métaux couramment utilisés sont suffisamment rigides pour toutes les flûtes. Pourtant, une flûte en bois et une flûte de concert (dite ‘en argent’, où ‘Boehm’) possèdent généralement un timbre bien différent. La raison est liée au énormes différences de forme entre ces modèles, en particulier concernant la forme de la perce et le diamètre des trous.

De plus, le flûtiste lui-même détermine en très grande partie le son produit. Le contrôle de l’embouchure permet une variation importantes de couleurs sonores.

Néanmoins, le matériau d’une flûte influe nettement sur la distribution de température de la colonne d’air. Le métal conduit et emmagasine mieux la chaleur que le bois. Difficile de juger ce qui est ‘mieux’ pour le son cependant…

Matériaux rares

Pour les flûtes en métal, beaucoup de flûtistes sont convaincus que l’or, l’argent ou le platine ont leur couleur sonore propre. Au-delà de l’aspect visuel indéniable, n’y a-t-il pas une part de fantasme ?

Compte tenu du prix, il semble naturel qu’un instrument en or reçoive plus de soin dans sa finition qu’un modèle en argent. Le fait que les flûtes en or aient une meilleure réponse qu’un modèle standard n’est donc pas un indice des propriétés du matériau.

Au fait, les facteurs s’accordent à reconnaître que le matériau idéal pour une flûte doit être très dense et très rigide. Alors pourquoi ne pas utiliser le tungstène ? Sa densité est proche de l’or, il est bien plus dur et bien moins cher. Ce matériau ‘idéal’ est malheureusement d’un gris très commun, et n’entre pas dans la catégorie bijouterie… dommage.

Récemment, le titane fait sa percée (flute Landell), ainsi que les composites (flûtes Matit, Guo). Les alliages d’aluminium sont aussi parfaitement adaptés aux instruments sans clés.

Pour les flûtes en bois, les caractéristiques importantes sont : l’aptitude au polissage, la tenue mécanique et à l’humidité. Le buis se courbe à l’usage, les fruitiers sont fragiles, les bois exotiques denses se sont donc imposés (grenadille, cocobolo, cocuswood, rosewood, mopane, etc.) Le reste est une affaire d’esthétique visuelle.

Position du bouchon

Dans les fûtes traversières, ce paramètre est très important pour la justesse des octaves. Mais sa position acoustiquement idéale dépend de l’embouchure du flûtiste. Pour les flûtes classiques Boehm, la norme est 17 mm environ. En flûte irlandaise, une distance supérieure conseillée, principalement parce que le troisième registre n’est pas très utilisé, à l’inverse des flûtes ‘cubaines’ (charanga) où on place le bouchon très près de l’embouchure.

Une fois l’embouchure formée, il est utile d’expérimenter un peu sur la position du bouchon afin d’adapter la flûte à son style de jeu.

Rodage et entretien

Les flûtes en bois peuvent légèrement changer sous l’effet de l’humidité. Un huilage et un séchage réguliers sont donc à respecter. Ceci dit, ce travail ne les bonifie pas forcément. Dans certains cas, un ré-alésage de la perce peut même être nécessaire pour retrouver la réponse d’origine. Le huilage pour effet corollaire de rendre la perce plus lisse, donc on observe souvent une amélioration temporaire de la réponse de la flûte.

Les flûtes en métal ne voient pas leur réponse acoustique évoluer avec l’usage. Je déconseille fortement de laisser toute ‘crasse’ s’accumuler dans le bec des whistles, ou dans les trous, contrairement à une certaine légende urbaine…

Flûtes d’époque

Certains flûtistes cherchent à jouer sur instruments anciens. Mais hélas, le stradivarius de la flûte n’existe pas. D’une part les meilleurs instruments ont été très jouées et se sont détériorés sous l’effet de l’humidité du souffle, d’autre part la notion de justesse a beaucoup évolué depuis le début XIXème. Les meilleures flûtes modernes en bois surpassent souvent leurs aînées (‘Pratten’, ‘Rudall’, etc.),  et répondent mieux aux attentes de jeu actuelles. Je possède par exemple une Clementi modèle Nicholson (environ 1830), très belle mais totalement ‘fausse’ pour un joueur contemporain, comme beaucoup des modèles de cette époque.

L’important reste l’adéquation entre la flûte et l’embouchure et le style de jeu du flûtiste. Un peu comme une chaussure : la meilleure est celle dans laquelle on se sent bien.